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Le BAPE rejette la filière uranifère au Québec

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Le BAPE rejette la filière uranifère

17 juillet 2015|Alexandre Shields| Actualités sur l'environnement

 

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Coup dur pour les ambitions du gouvernement Couillard dans le cadre de son Plan Nord. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) conclut dans son rapport sur la filière uranifère que le développement de l’industrie au nord du 49e parallèle, là où se trouve l’essentiel de la ressource, aurait de graves conséquences sur les relations avec les Premières nations, en raison du rejet massif de cette filière.

Par simple voie de communiqué, le ministre de l’Environnement David Heurtel a annoncé la publication du rapport particulièrement sévère du BAPE, et ce, un vendredi après-midi de juillet.

Le très volumineux document, fruit de consultations publiques menées dans plusieurs régions du Québec, conclut très clairement au rejet de la filière uranifère.

Au terme de leurs travaux, les commissions du BAPE et celles qui ont juridiction sur le Nord du Québec « constatent le rejet quasi unanime des communautés autochtones du territoire conventionné du Québec à l’égard du développement de la filière uranifère ».

« Ce rejet massif du développement de cette filière par la population découle principalement de la nature radioactive de l’uranium et des nombreuses incertitudes qui subsistent et qui constituent des facteurs prépondérants de ce choix social, souligne le rapport de plus de 600 pages. Ainsi, les incertitudes relatives à la contamination de l’environnement et de la chaîne alimentaire, aux effets sur la santé, à la gestion des incidents en territoire éloigné et à la gestion des résidus à moyen et long terme, amplifient l’appréhension des communautés autochtones à l’égard de la radioactivité. »

Les commissaires estiment ainsi que si le gouvernement Couillard décidait d’imposer les projets d’exploration et d’exploitation, cela « fragiliserait considérablement le lien de confiance ainsi que les relations entre les communautés de ces territoires et le gouvernement, en plus d’ébranler la cohésion et la paix sociale. En conséquence, les trois commissions appellent le gouvernement du Québec à la plus grande prudence car toute décision prise sans un consentement éclairé risque d’avoir un coût social et politique. »

Le rapport, publié sans préavis, souligne en outre que l’industrie minière uranifère comporte de « nombres lacunes et incertitudes » scientifiques et technologiques. Il n’existe donc pas, selon le BAPE, de « réponses claires » quant aux impacts de l’exploitation d’uranium sur le milieu naturel.

Selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, il existe près d’une trentaine de projets d’exploration uranifère au Québec, dont 12 en phase « avancée ». Plusieurs sont situés au nord du 50e parallèle, mais on en retrouve également le long de la Côte-Nord ainsi que dans les Hautes-Laurentides.

C’est d’ailleurs en raison des vives inquiétudes suscitées par la filière que le gouvernement Marois a mandaté le BAPE afin qu’il mène des audiences sur tout le territoire du Québec et qu’il remette son rapport à Québec. Il est vrai que de nombreuses questions demeurent pour le moment sans réponse, comme le soulignait l’Institut national de santé publique dans un rapport publié en 2014 et portant sur les risques de l’exploitation de l’uranium. Une bonne part de ce flou tient au fait qu’il existe très peu de données permettant d’évaluer correctement les effets potentiels des éléments radioactifs.

Réagissant par voie de communiqué à la publication du rapport du BAPE, le ministre Heurtel a dit que ce rapport particulièrement critique d’une filière minière serait analysé en partenariat avec le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. « Nous constatons que le développement de projets d’exploration et d’exploitation d’uranium suscite des inquiétudes et nous nous engageons à prendre des décisions éclairées qui tiennent compte des répercussions que ce type d’activité peut avoir sur l’environnement, l’économie et le milieu social des communautés locales et autochtones. Au Québec, la mise en valeur de nos ressources doit se faire de façon responsable, jamais au détriment de la sécurité de la population et de la qualité de nos milieux de vie », a affirmé le ministre Heurtel.